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LE JOURNAL D'UN DOG-TROTTER... Mais moi aussi j'ai des trucs à raconter, alors, il serait temps qu'on me donne la parole. C'est vrai quoi! Pour une boule de poils de 20 kilos, voire plus, j'en ai fait du chemin, j'en ai vu des choses, et j'ai tout plein de copines... Rodhania de Rhodes, ma première gonzesse de voyage, un peu récalcitrante, mais plutôt sympa. Dahaba, la belle Egyptienne. Et Ankara, la jolie jeune maman ottomane. Avec elle, j'ai partagé mes croquettes et mes os de poulet, et je me suis même improvisé papa-adoptif, juste pour la séduire. Elles, c'était mes trois plus belles histoires d'amour. Les autres? Rien que des amourettes! Côté congénères j'ai aussi eu quelques amitiés bien virils, dont Rocky et Eddy de la plage d'Aqaba. Et à Bishkek, je me suis laissé aller à me prendre d'affection pour Pik, un gamin braillard, trop souvent dans mes pattes, qui essayait de faire tout comme moi... Sale petit chieur! Autrement, bof pas trop, c'est qu'avec moi, ça tourne vite en baston. Mais bon, je n'ai pas vu que des chiens. Sur le plan bébête, j'en ai rencontré de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs. A commencer par ces gros monstres bossus croisés dans le Sinaï. C'est quoi ces trucs??? kaï! kaï! kaï! me voilà fuyant et hurlant dans la nuit. Le comble de l'horreur, c'est quand ma Rachou à moi se perche sur la bosse d'une de ces choses. J'y aurais bien croqué les mollets à cette bestiole, mais bon c'est pas que je sois lâche, mais... l'est quand même un peu grande. Dans le même genre, y'a les chevaux, des grosses bêtes type chameau mais sans bosse... donc plus jolies, mais nettement moins flegmatiques que les camélidés, y en a même un qui m'a balancé un coup de sabot dans le cul. D'après Ivan et Rachou, je l'ai pas volé. Non mais pas cool ces deux-là! Au lieu de me consoler et de déverser sur ma petite personne des flots de tendresse et de caresses. Mais n'allez surtout pas croire que je me suis laissé traumatiser par tous les animaux rencontrés lors de ce périple. Moi aussi je peux tyranniser, moi aussi je peux commander. La preuve la plus édifiante, à Pétra. Un aboiement... et tac, des centaines de bébêtes à poils laineux se jettent dans le vide. Un plongeon dans les rochers pour ces vilains moutons tout frisés. Les bergers ne sont pas très contents, Rachou et Ivan plutôt soulagés qu'aucune de ces pelotes ne se soient blessées, et moi je suis très satisfait, personne n'ose contester mon autorité. Quoique... un peu moins obéissant, un peu plus borné, l'âne sur lequel Aoudi vient à notre rencontre. Grrr! m'énerve ces animaux plus entêtés que moi!! En Turquie je me la joue reptilienne; sympa de chasser la grenouille au bord du lac de Kovada; rigolo de renifler les fesses rugueuses et caqueuses de la tortue. Plus à l'Est, lassé de l'humide et du gluant, je jette mon dévolu sur des damans (des p'tites marmottes quoi!) pas très joueurs, mais au sang chaud et plutôt goutus, c'était à Dogubaiazit (soupir nostalgique). Et dans le registre "non mais regardez-moi voir ce gros truc ridicule", j'ai vu une grosse bête toute rose, sans poil, toute nue, avec une truffe énorme. Je pense que cet animal doit péter beaucoup, parce que ça s'appelle un cochon, et moi quand je pète, Rachou et Ivan me regardent et disent: "Il a encore péter c'cochon!". Pour rester dans les cochonneries, côté bouffe, la totale! Entre gâteries de p'tit bourgeois et partie de chasse endiablée. Et je dis pas ça pour rassurer Monsieur Baud (mon docteur de Genève) qui s'inquiétait un peu pour mon futur régime alimentaire... Le poisson d'abord, en boite en Egypte, sec au Kirghizstan, cru en Lettonie, ou mort en Grèce. Les cornettes-corned-beef "à l'égyptienne", moins piquant sous les babines, mais si moelleux et tellement succulent. Dans la rubrique "exotisme orientale", les shawarma dégoulinants d'Amman..., j'en rêve encore! Sans parler des samsas kirghizes, ces chaussons à la bidoche grasse et juteuse; à Osh et Bishkek c'était mon menu quotidien. Oh Caramelle... si tu savais comme c'est bon! Tout aussi juteux, mais dans un registre plus fit, les pastèques et les melons d'Asie Centrale, j'adore, mais seulement quand Ivan et Rachel en mange, dans mon écuelle, non! Et même topo pour les mandarines de Lituanie. Autre grand moment, lorsque Suliman m'a apporté le maglouba que Sahala avait cuisiné rien que pour moi... c'était à Petra, là ou j'ai essayé de me taper un jeune mouton récalcitrant. En Russie, ma grosse fatigue et ma dépression nerveuse m'ont valu une convalescence "saucisses molles & yogourt". Voyons donc les choses du côté positif! Et là, depuis quelques temps, on m'a remis au régime croquettes; dommage, ça n'a jamais senti aussi bon la saucisse. Signe des temps. Quelque chose de nouveau semble se préparer... Autrement, pour sortir un peu du plan boustifaille, moi, petit Walo,à l'âge de 3 ans, j'en ai fait des trucs fous. J'ai pissé sur des cailloux prestigieux; en Iran je me suis vautré sur des magnifiques tapis persans, bien peu de toutous on eut ce privilège. Exit les lanceurs de pierres égyptiens et jordaniens... fini les provocateurs caïrotes enturbannés et en robe longue... j'leur aurais bien bouffe les machins. Pour revenir aux salons iraniens, j'y ai joué les superstars... instants magiques où le centre du monde avait un nom, le mien... D'un point de vue géo-météo-climatique, j'ai vu mille paysages, galopé à travers mille contrées, humé mille recoins, pataugé dans 8 mers différentes. Entre terres arides et brûlantes, et forêts verdoyantes... En passant par les sommets enneigés, la steppe infinie, et les campagnes bouseuses, que de contrastes, que de merveilles! En plus, j'ai appris deux ou trois trucs sur ma petite personne : Tout d'abord, le trop chaud, c'est pas pour moi! Non mais sans déconner... Un exemple pris sur le tas: le Wadi Rum... que du désert, pas un pet d'eau, pas un buisson pour pisser, le sol qui brûle les pattes. Le Karakum, pire, Achkabad, Bukhara... pareil, sauf vers 22h00, ça devient vivable. Ensuite, le trop froid... non plus! non mais, ce n'est pas parce que je n'aime pas le chaud que je devrais aimer le froid. Misère, toutes ces nuits à se geler la truffe... Et puis cette escapade nocturne dans le Sinaï: faut pas abuser, l'eau qui gèle instantanément dans mon écuelle, emprisonnant ma délicate langue entre deux mini-icebergs. Vous trouvez ça drôle... "Eux" oui! Non, décidément moi je suis un chien des climats tempérés, bien au milieu, ni trop chaud, ni trop froid, ni trop sec, ni trop mouillé, juste c'qui faut de caillasses et d'gazon, la Suisse quoi!! Et ben, j'les entends causer... on y retourne! Juste un p'tit souci, "ils" parlent déjà de repartir! (Walo) |