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22 juillet 2000 (OUZBEKISTAN) Un rictus pudique, une petite larme au coin de l'oeil, la mémé qui s'est invitée à notre table nous parle du temps passé. L'époque de Brejnev, du socialisme. Son regard reflète une tristesse résignée. Nous sommes à Tashkent, capitale de l'Ouzbékistan, suçotant une glace sur la terrasse d'une tchaikhana. La vieille dame s'est assise spontanément avec nous, en nous tendant un petit gobelet pour avoir un peu d'eau gazeuse. Des cheveux gris tirés en arrière sur un visage très pur, une robe à fleur délavée et un sac en plastique sous le bras, elle est Tatare. Les Tatars représente une importante minorité en Ouzbekistan. Ils viennent de Russie orientale où ils possèdent leur propre langue, leur propre culture, et même leur république semi-autonome proche de l'Oural, à Kazan. Elles sont nombreuses comme cette grand-mère à Tashkent. Ce sont les oubliées du capitalisme naissant. Elles errent la main tendue sur les trottoirs d'une ville qu'elles ne reconnaissent plus. Une ville qui se veut résolument moderne. Avec sa jeunesse russe branchée et embourgeoisée qui pavoise dans le quartier de Broadway, avec ses tristes fast-food, ses supermarchés climatisés et ses quelques hôtels de luxe. Une exubérance que l'on ne retrouve définitivement pas dans les bazars de la ville, où là, ce sont les Ouzbeks qui se retrouvent, entre pastèques, non (le pain traditionnel, rond et plat) et melons polymorphes. Ils boivent à longueur de journée le thé vert, servi rituellement dans de petits bols. 23-30 juillet 2000(TASHKENT,OUZBEKISTAN) Ca fait une semaine que nous sommes à Tashkent. Il fait extrêmement chaud. Nous avons élu domicile en face du cirque, à l'hôtel Hadra. C'est une espèce de gros building en semi-ruine dont seul trois étages sont encore habitables. Le premier jour, en s'arrêtant devant cet immeuble, nous avons cru qu'il était en démolition. Malgré tout, ça nous convient. Notre petite piaule nous coûte 2.95 $ par personne et par jour. La direction nous enverra à la Banque Nationale pour payer notre facture. Procédure un peu contraignante puisqu'il faut traverser la ville pour se retrouver face à une armada de fonctionnaires, tels que Madame Registre, Monsieur Carte-de-Crédit, Madame Tampon, Madame Recopie-pour-la-Troisième-Fois, Monsieur Transmission, Madame Caisse. C'est totalement fascinant! Le plov est le plat national ouzbek. Equivalent du pilav, c'est du riz cuit sous de gros morceaux de viande de mouton, un peu à la façon paella, mais dans d'énormes chaudrons. On y ajoute des légumes hachés, des oignons et parfois des raisins secs. C'est très bon quand ce n'est pas trop gras. Hairoula, un grilleur de chachliks du quartier, nous invitera dans son resto à déguster un plov. Un soir, nous assistons à un cirque ambulant extraordinaire. Il présente des numéros felliniens dignes des spectacles de rue moyenâgeux: des acrobates, un Monsieur Muscle, des clowns, des "enfants prodiges". L'atmosphère est formidable avec tous ces spectateurs enthousiastes qui jettent des pièces à la fin des performances. Au niveau de la santé, ça ne va pas fort. Nous avons appris à vivre quotidiennement avec des maux d'estomac. Peut-être est-ce dû à l'eau du robinet que nous avons parfois consommée, et sans doute la nourriture aussi, extrêment grasse et pas vraiment variée. 1er août 2000(le col de KAMCHIK,OUZBEKISTAN) Notre caravane s'est remise en chemin, abandonnant avec joie la capitale et sa canicule. Après une centaine de bornes au milieu des champs de coton, nous ferons étape au bord d'une délicieuse rivière, juste avant d'attaquer le col de Kamchik. Nous campons au coeur du grandissant massif annonçant la vallée de Ferghana. A propos du coton, il faut savoir que l'Ouzbekistan en est le cinqième producteur au monde. Les soviétiques ont drainé des milliers d'hectares de steppes pour favoriser la production intensive du coton. Durant les années 1950-1970, années de collectivisation forcée, ils ont détourné l'eau des fleuves Amou Daria et Syr Daria pour irriguer les étendues désertiques et construire des bassins de rétention. Conséquence de cela, l'assèchement progressif de la mer d'Aral. Le processus est actuellement irréversible, et la disparition complète de la mer est prévue pour 2020. C'est l'un des plus grands désastres écologiques du monde. 2 août 2000(le col de KAMCHIK,OUZBEKISTAN) Ce matin nous avons droit à une visite surprise: cinq militaires, kalachnikov au poing. Ni une ni deux, Walo donne l'assaut, sans arme ni drapeau blanc, juste quatre pattes et deux cordes vocales! Les gars restent figés, plutôt tendus apparemment. Surpris nous aussi, nous leur décrochons un pseudo-sourire, de vagues signes de la main et un innocent "tourist! tourist!". Ils baissent enfin leurs flingues. Et de rappeler Walo-le-téméraire. Contrôle des passeports et dialogue de sourds puisqu'on n'y comprend rien. Lorsqu'on leur demande enfin si notre présence est un problème, ils nous répondent "problem Tadjikistan". C'est vrai que nous sommes tout proche de la frontière tadjik, haut-lieu de passage où narcotrafiquants et terroristes islamistes tentent de déjouer les piéges des milices ouzbeks. Après quelques minutes de palabres stériles, les soldats nous rendent nos papiers et s'éclipsent, non sans avoir professionnellement constaté que l'odeur de brûlé qui plâne ne vient pas de nos explosifs, mais de notre pain artisanal qui a cramé! Peu après, nous constaterons qu'on nous a volé notre repas de midi qui patientait au frais dans la rivière. Non, on ne vise personne. 3 août 2000(le col de KAMCHIK,OUZBEKISTAN) Il fait toujours très chaud. La rivière voisine nous sert de piscine depuis trois jours. C'est un régal de se vautrer dans ces eaux tumultueuses et fraîches. En début de soirée un serpent croise notre chemin. Il n'a pas l'air commode avec sa petite tête triangulaire. Nous avons été obligé de le tuer pour éviter une mauvaise surprise avec Walo. Ce dernier adore jouer avec les p'tites bébêtes inconnues. 4 août 2000(la vallée de FERGHANA,OUZBEKISTAN) Nous sommes à la veille de notre passage au Kirghizstan. Notre visa est daté au 5 août. A l'entrée de la vallée de Ferghana - qui n'est en fait qu'une vaste plaine fertile - nous croisons deux cyclistes hollandais de retour du Népal, via le Pakistan, la Chine et le Kirghizstan. Seize mois de ballade en vélo à travers l'Asie. Ils nous avouent en avoir marre. A Tashkent, ils prennent un avion pour Istanbul. Près de la ville de Andijan, où il y a un chouette bazar d'ailleurs, nous embarquons à bord d'un vieux télécabine bringuebalant pour une petite grimpette sur les hauteurs de la "vallée". L'après-midi, nous la passerons devant une datcha (maison de campagne), où des Ouzbeks nous ont accueillis à coup de non, thé vert et vodka. Nous sommes très fatigués, Rachel souffre de fortes douleurs abdominales. On ne sait toujours pas ce que c'est. Nous décidons quand-même de tenter le passage de la douane à minuit. Mais lorsque nous y débarquons à 23h00, on nous dit que c'est fermé. Le gradé de service nous invite à camper à l'intérieur du poste-frontiere. La nuit sera tranquille et le réveil "militaire", à 5h30. 5 août 2000(OSH,KIRGHIZSTAN) On est au Kirghizstan. Rachel est toujours en proie à de puissants maux de ventre. Vivement un peu de repos. A la douane, les fonctionnaires ont été plutôt cool et les formalités d'entrée plus que sommaires. Il a même fallu insister pour qu'un militaire nous tamponne notre Carnet de passage. C'est tout. En dehors de ce timbre, rien; pas de traces sur les passeports, pas d'assurance, pas de taxe... enfin si, 2 $ en échange d'un talon de papier incompréhensible. Par contre, nous avons eu droit à deux tentatives de racket, dont une avec un melon et une cigarette comme alibi. |