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27 juin 2000(RASHT,IRAN) Un point fort de notre séjour en Perse: Nous sommes à Rasht, dans l'après-midi. Il fait très chaud. Dans les rues animées, un homme nous aborde soudain. Il s'appelle Saiid, c'est un prof d'anglais sur le chemin de l'école. Très vite nous sympathisons et il nous donne rendez-vous un peu plus tard. Nous le retrouvons en fin de journée et il nous invite chez lui. Arrivé à destination, malgré son apparente appréhension, Saiid nous propose d'emmener Walo avec nous dans son appartement. Incroyable. Et Walo de se vautrer avec délectation sur un superbe tapis persan. Le bonheur, comme à la maison! Comme nous n'avons aucune idée des us et coutumes iraniennes, Rachel demande timidement à Saiid si, maintenant que nous sommes à l'abri des regards inquisiteurs, elle peux enfin se débarrasser de son surplus d'habits (foulard et manteau). "Of course, in Iran we have no tchador inside the house" nous répondra-t-il. Torchons et chiffons volent en l'air dans un élan libérateur. Et Saiid en profite pour nous glisser malicieusement que, ce matin même, il a transgressé la loi vestimentaire: il est allé à l'épicerie du coin en caleçon & marcel! éclats de rire général. Et un petit coup de vodka pour arroser ça. De la vodka iranienne de contrebande, à base de raisin, fabriquée en toute illégalité par un épicier du quartier. Au diable les clichés que l'on se faisait de l'Iran. Après cet apéro improvisé, nous mettons le cap sur la maison d'Ali et sa famille, des amis de Saiid. Souper spag-bolo, poulet frites et salade de tomate. On aurait préféré une petite spécialité local, mais ils ont manifestement voulu nous faire plaisir avec des mets occidentaux. Mis à part Ali Reza, le fils ainé de la maison, élève de Saiid à ses heures, personne ne parle anglais dans cette famille. Ce qui n'empêche pas la communication. Les conversations s'enchaînent autour du repas: l'existentialisme, la religion, la liberté, et vas-y que j'te critique un bon coup le gouvernement. Cinéma, musique, tout y passe. Ali exhibe fièrement sa collection de magazines d'avant-Révolution, certains datent de 1953. Et les visages de ces idoles d'un autre temps défilent. Nous découvrons avec étonnement qu'Ali et Saiid sont des fans d'Adamo, de Charles Aznavour, de Claude-Francois, de Francoise Hardy. Et notre surprise se transforme en stupeur lorsque nous réalisons qu'ils n'étaient pas au courant de la mort de Piaf, Brel, Louis de funès, Bourvil, Clo-Clo; et qu'ils s'étonnent que Brigitte Bardot ne soit plus une jolie nymphette. C'est comme si pour eux, le temps s'était arrêté il y a 20 ans, avec la Révolution Islamique. Une autre chose qui nous surprend, c'est que tous connaissent... Heidi! Décidément la petite montagnarde helvète a fait un sacré bout de chemin. Intermède musicale et échange culturel: Ivan entonne un tonitruant "Sentiers Valaisans" à l'harmonica, tandis que Ali Reza à la tahr (une sorte de petite cythare) et son petit frère Hamid Reza aux tablas (percussions orientales) enchaînent avec un morceau de musique traditionnelle iranienne. Les deux femmes de la famille - la mère et la fille - ne se sont pas assises à table avec nous. Elles participent à la soirée, discrètes, depuis le fauteuil à l'autre bout du salon. Elles n'ont pas non plus mangé avec nous. Les traditions semblent profondément ancrées, même dans une famille moderniste comme celle-ci. La tribu d'Ali nous a offert le gîte. Nous avons eu droit au lit des parents; eux et Saiid ont dormi avec les enfants. Le lendemain les adieux sont difficiles, Saiid avoue ne pas vouloir nous laisser partir, ni nous, ni Walo auquel il s'est maintenant familiarisé. A l'heure du départ, nous n'oublierons jamais l'expression de bonheur sur son visage lorsque nous lui avons fait cadeau d'un harmonica. 30 juin 2000(le long du massif KOPET DAGH,IRAN) Une semaine déjà en Iran. L'atmosphère quasi-tropicale des abords de la Caspienne cède lentement sa place à une vaste zone de steppes dépeuplées. La plaine de Gorgan, puis l'interminable désert de collines qui longe le massif Kopet Dagh séparant l'Iran du Turkménistan. L'air est brûlant et la route monotone. Des champs égaient ça et là ces étendues inhospitalières que seuls quelques rudes bergers osent affronter, abrités sous de larges chapeaux de paille. 3 juillet 2000(KOPET DAGH,IRAN) Nous achevons notre traversée de l'Iran. De Bazargan à Bajgiran, via Tabriz, Ardabil et Astara, une ville qui fait frontière avec l'Azerbaïdjan. Puis Rasht, Masuleh, Shirvan et Quchan. Douze jours dans le Nord iranien. Rachel en a un peu marre de porter foulard et manteau, surtout à cause de la chaleur ambiante. Lorsque nous sommes dans la caravane, à chaque visite impromptue, Rachel préfère se rhabiller en vitesse plutôt que d'être vue en Tshirt-jeans. Question de respect. Pourtant sans manteau ni hejab , la plupart des Iraniens ne lui en tiendraient pas rigueur. 4 juillet 2000(la douane de BAJGIRAN,IRAN) Perdu dans les hauteurs du Kopet Dagh, le poste frontière de Bajgiran. Un endroit pas bien folichon. Nous redoutons méchamment l'épreuve, impossible de savoir vraiment ce qui nous attend, tant au niveau du véhicule que du chien. Sur les formalités prétendues, on nous a raconté tout et n'importe quoi. On nous a même souvent dit de ne pas tenter le Turkménistan avec un véhicule, ni avec un chien d'ailleurs! De plus, d'après nos lectures, les douaniers turkmènes ont une sale réputation. Pourtant, envers et contre tout, ça se passera plutôt bien, malgré la paperasserie qui accompagne les formalités. La sortie d'Iran est simple, à partir du moment où l'on sait où il faut aller. Les gens sont coopératifs. Puis vient le premier contact avec les fonctionnaires turkmènes, des militaires - aux yeux désormais bridés - qui seront avant tout intrigués par les photos affichées à l'arrière de notre bahut, mais également par notre chien. L'athmosphère se détend. Un coup d'oeil sur nos visas et ils nous donnent le feu vert pour la suite. Une descente de quelques centaines de mètres dans la montagne, et nous arrivons au bloc principal. Un gars qui parle anglais nous accueille, quel bonheur! Il nous indiquera gentiment la marche à suivre. Les bureaux et les scribouillards se suivent et se ressemblent. On griffonne des kilos de papiers, on recopie soigneusement le tout pour le passer au bureau suivant et ainsi de suite. Immigration, police de la route, douane, papier pour le chien, déclaration de nos valeurs et paiements des taxes. Nous débourserons 150 $ en tout, pour l'importation du véhicule, pour la taxe sur l'essence, pour la taxe de douane et pour l'assurance. L'entrée au Turkménistan avec son propre véhicule, c'est donc très cher. Trois heures plus tard, nous entamons la descente sur Achkabad. |