LES ETAPES
20-26/01/2000
(Italie-Grèce)
27-30/01/2000
(Grèce)
31/01-3/02/2000
(Chypre-Israël)
4/02-7/02/2000
(Proche-Orient)
8/02-12/02/2000
(Proche-Orient)
13/02-18/02/2000
(Jérusalem)
19/02-2/03/2000
(Proche-Orient/Egypte)
2-15/03/2000
(Egypte)
16/03-2/04/2000
(Egypte)
3/04-26/04/2000
(Jordanie)
1/05-20/05/2000
(Jordanie-Turquie)
22/05-12/06/2000
(Turquie)
13/06-19/06/2000
(Turquie)
23/06-5/07/2000(I)
(Turkménistan-Iran)
27/06-4/07/2000(II)
(Turkménistan-Ouzbékistan)
5/07-17/07/2000
(Turkménistan)
22/07-5/08/2000
(Ouzbékistan-Kirghizstan)
5/08-25/08/2000
(Kirghizstan)
31/08-4/09/2000
(Kirghizstan)
5-8/09/2000
(Kazakhstan)
8/09-21/9/2000
(Russie)
21/09-3/10/2000
(Russie-Estonie)
5/10-22/10/2000
(Lettonie-Lituanie)
24/10-15/11/2000
(Lituanie-Pologne-Allemagne-Suisse)

23 juin 2000(la douane turco-iranienne)

Douane de Gürbülak/Bazargan, 7h15 du matin. Les formalités de sortie turques se déroulent rapidement. Quelques minutes plus tard, ça y est, Rachel se retrouve couverte et emmitouflée pour deux semaines. On nous fait enregistrer le véhicule, avec les gribouillages de circonstance, remplissage du carnet de passage, contraction d'une assurance, etc. Quant à la fouille, on n'y aura pas droit, grâce à... Walo! Le douanier qui était sensé effectuer la fouille a renoncé à l'instant où il a appris qu'il y avait un chien à l'intérieur du véhicule. Le choc des cultures a du bon.

Avant de franchir l'ultime contrôle, dans la fil d'attente, nous assistons à une violente altércation entre un policier et un jeune Iranien. Ce dernier encaissera plusieurs coups de poing dans le visage. Le flic est manifestement très en colère, et l'autre ne réplique pas, effrayé et abasourdi par la rage de son agresseur. Nous n'en saurons pas plus. Petit frisson lorsque ce même policier s'est approché de nous pour... nous faire signe de circuler.

A 9h30 nous sommes en Iran. On nous a gratifié de douaniers efficaces et sympas, pas de demandes de bakchich, pas de taxes incompréhensibles, du beurre.



23 juin-5 juillet 2000(portrait de l'IRAN)

Le portrait sévère de l'ayatollah Khomeyni est partout; dans les rues, épiceries, boutiques, chaykhuné (bar à thé), bureaux. A l'entrée de chaque village sont exposés les visages dessinés des shahid, les martyrs locaux de la guerre contre l'Irak. Ces images austères et dépassées de l'Iran contrastent avec la spontanéité et la gentillesse de son peuple. Nous aurons maintes fois l'occasion de le noter. Bien sûr, c'est un peuple de "mâles" avant tout. Enfin, c'est l'impression que l'on ressent lorsque l'on arrive en Iran. La discrétion effacée des femmes est flagrante, dans la rue tout au moins. Passé la porte de la maison, les données diffèrent souvent, paraît-il. La plupart des femmes déambulent drapées dans un grand tchador - littéralement "tente" - noir qu'elles pincent devant leur bouche. De ces silhouettes fuyantes, souvent craintives, on ne voit qu'un nez et deux yeux, parfois un seul oeil.

Toutefois nous avons observé - avec bonheur forcément - que beaucoup de femmes, jeunes surtout, ne se contentent que d'un petit hejab (foulard), laissant paraître une frange souvent proportionnelle à leur mécontentement face à cette loi d'un autre temps. Sans parler du maquillage parfois si prononcé qu'il en arrive à gâcher le beau visage des Iraniennes.

En fait, de notre expérience humaine, nous retiendrons que le ras-le-bol des citoyens iraniens n'a d'égal que leur mépris envers les mollah qui les gouvernent. Ces derniers n'ont recueilli que grimaces ou insultes de la part des personnes qui ont croisé notre route. Saiid pour qui l'actuel ayatollah Khamenei n'est qu'un assassin: "ils emprisonnent nos professeurs, ils musellent nos journaux, ils tuent nos enfants!" nous dira-t-il la gorge nouée. Ali pour qui la Révolution Islamique a défiguré son pays aux yeux du monde. Cet instituteur de village que le mot mollah fait grimacer. Ces "pin-up" de Rasht au décolleté provocateur qui viendront nous serrer la main, geste impensable entre une Iranienne et un occidental. Ces deux ados de Masuleh se moquant de la prière forcée qui vient interrompre leur film télévisé. Ce badaud en vélomoteur pour qui les dirigeants de son pays "are just donkeys".

Mais le nord de l'Iran, c'est aussi ces terres arides ponctuées de cahutes en terre sèche, ces bourgades de briques crues, peuplées de paysans Kurdes et Azéris à l'ouest, et Turkmènes à l'est. Une végétation luxuriante sur la côte de la mer Caspienne; le plus grand lac salé du monde. Des plantations de thé, de tabac et de coton. Ces buffles noirs et ces vaches qui gambadent aux bords des routes. Des camionnettes regorgeant de pastèques et de melons. Des marchands de tapis exposant leurs oeuvres d'art devant des rizières étincelantes. Délicieux chelo , riz bouilli à déguster avec un kabab, des olives farcies et une gousse d'ail marinée au vinaigre. Des plages désolées, avec parfois une sorte d'enclos spécialement conçu pour les femmes. Des sites touristiques abandonnés, des lieux de villégiature délabrés ou détruits, témoins oubliés de la fastueuse époque du dernier Shah; les fumeurs de ghalyan (narghileh) ont de quoi méditer.

Et puis des mosquées, bien sûr, parfois très belles, mais étonnemment assez discrètes pour nous qui arrivons du Proche-Orient. Dômes de mosaïques et de faïences bleues aux figures complexes, dorures et entrelas coraniques blancs. Et les langoureuses mélopées des muezzin qui font vibrer la plaine lorsque la nuit tombe.

Tout au long de la route, des commerçants apathiques semblent parfois se réveiller lorsqu'ils aperçoivent notre caravane. Stupéfaits et enthousiastes, certains nous saluent en riant. Et que de coups de klaxons, que de mains qui s'agitent.

Quant à la conduite dans ce pays, elle s'avère plutôt sportive, parfois à un poil du suicidaire. En fait, parallèlement aux célèbres cinq piliers de l'islam (profession de foi, prières, aumône, jeûne et pèlerinage), nous constaterons qu'il existe également les "5 règles de conduite fondamentales de l'automobiliste iranien" : accélère, fonce, klaxonne, ignore et espère! On ne peut s'empêcher d'avoir une pensée émue pour les aventuriers qui ont traversé l'Iran à vélo; salut Philippe!

Enfin, concernant Walo, il n'a déclenché que rires, surprise, moquerie et méfiance de la part des Iranien(ne)s. Parfois même de l'intérêt: un type nous a proposé de nous l'acheter, pour la chasse. En tout cas, jamais nous n'avons affronter d'agressivité. Avant le départ, nous ressentions une certaine crainte de par le fait d'emmener un chien dans des pays musulmans. Théoriquement, pour l'Islam, le chien est considéré comme un animal impur, tout comme le porc. Il y a une sourate dans le Quran (Coran) qui traite de ce sujet. Pourtant en Iran, même avec la shari'a , la loi islamique, personne ne nous a embêté par rapport à notre toutou. Nous passions tout simplement pour des touristes occidentaux un peu bizarres ou un peu fous de voyager avec cet animal ridicule et indigne!


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