LES ETAPES
20-26/01/2000
(Italie-Grèce)
27-30/01/2000
(Grèce)
31/01-3/02/2000
(Chypre-Israël)
4/02-7/02/2000
(Proche-Orient)
8/02-12/02/2000
(Proche-Orient)
13/02-18/02/2000
(Jérusalem)
19/02-2/03/2000
(Proche-Orient/Egypte)
2-15/03/2000
(Egypte)
16/03-2/04/2000
(Egypte)
3/04-26/04/2000
(Jordanie)
1/05-20/05/2000
(Jordanie-Turquie)
22/05-12/06/2000
(Turquie)
13/06-19/06/2000
(Turquie)
23/06-5/07/2000(I)
(Turkménistan-Iran)
27/06-4/07/2000(II)
(Turkménistan-Ouzbékistan)
5/07-17/07/2000
(Turkménistan)
22/07-5/08/2000
(Ouzbékistan-Kirghizstan)
5/08-25/08/2000
(Kirghizstan)
31/08-4/09/2000
(Kirghizstan)
5-8/09/2000
(Kazakhstan)
8/09-21/9/2000
(Russie)
21/09-3/10/2000
(Russie-Estonie)
5/10-22/10/2000
(Lettonie-Lituanie)
24/10-15/11/2000
(Lituanie-Pologne-Allemagne-Suisse)

1er mai 2000(JERASH,JORDANIE)

Walo a rendez-vous chez le toubib aujourd'hui. Pour les piqûres de circonstances après ces mois de vadrouille. Et puis nous quittons enfin Amman, non sans avoir savourer une petite gâterie locale: le konafa. C'est la "raclette jordanienne", une flaque de fromage de chèvre chaud, recouverte d'une croûte dorée de sucre et de miel, et saupoudrée de pistaches fraîches. Un délice mais, l'indigestion guettant, la modération s'impose.

Le paysage ne déverdit pas jusqu'à Jerash, où nous visitons les ruines de ce qui a dû être une cité fabuleuse il y a 2000 ans. Camping sur le parking du site, après des palabres barbants avec les pandores du coin.



2 mai 2000(IRBID,JORDANIE)

Irbid. Son énorme université propose un chouette musée historico-chronologique sur la Jordanie. C'est une ville jeune, mais il n'y a pas grand chose à faire si ce n'est se balader et naviguer sur Internet, pour Frs 1.- de l'heure.

Une table magistralement garnie de mezze, et un très bon mensaf marqueront notre soirée à Irbid.



3 mai 2000(UMM QAYS,JORDANIE)

Plein nord sur Umm Qays, à 40 bornes. Nous contournons les ruines de l'ancienne cité antique de Gadara. Une petite route toute cabossée, entre champs de blé et vergers, nous ballotte jusqu'à un cul-de-sac. Une barrière coupe l'accès. Nous sommes à la frontière israélienne, à deux pas de la Syrie. Le panorama est somptueux: la Galilée, la vallée du Yarmouk, le Lac de Tibériade, le plateau du Golan, la campagne syrienne et la vallée du Jourdain. Nous trônons à cheval entre trois pays, dont deux sont en guerre. Les vrombissements des chasseurs israéliens retentissent au loin. La spirale continue. Soudain des appels. Des militaires nous saluent et nous invitent à boire un thé.

Quand ils ont clamé le mot mensaf, on a dit oui sans rechigner! Et ce fut effectivement un véritable régal. Ce mets typiquement jordanien se compose de gros morceaux de mouton mijotés en ragoût d'une manière traditionnelle, posés sur une montagne de riz épicé et souvent agrementé de petits dès de légumes - courgettes - et de pignons de pin. Le tout est ensuite copieusement nappé d'une sauce blanchâtre à base de lait de chèvre, de yogourt et de graisse ovine. A savourer manuellement cela va de soi. Les Jordaniens, en guise de bienvenue, entame souvent la cérémonie en portant à la bouche de l'hôte quelques cuillerées de nourriture.

Autour du plat, il y a Yasser, une sorte de Jungo Edwards jordanien, avec une pointe de Mister Bean et une bonne louchée de Louis de Funès! Bedonnant, poilu, grimaçant, gesticulant... hilarant Yasser. Il nous fait hurler de rire avec ses imitations et ses sarcasmes. Et puis il y a Bilal, plus serein mais tout aussi marrant avec ses airs de fidèle musulman romantico-guindé, désespérement épris d'une jeune Bédouine du coin. Autour de son cou, un "R" cerclé, témoin de son amour pour Rima, cette petite bergère qui lui apporte de temps à autre un bol de lait ou de fromage de brebis. Et puis il y a leurs copains, Gweder et les autres, un peu plus effacés. On ne saura jamais vraiment à quoi servent ces gaillards dans cet endroit paumé. Eux ne savent apparemment pas non plus. Tchatche, éclats de rires, danses jordaniennes, bras de fer, distribution de photos et de cadeaux. Rachel ressemble à un vrai petit sapin de Noël, couverte de bijoux en toc, toute scintillante de dorures sur ses fripes poussiéreuses.



4 mai 2000(dernière étape en JORDANIE)

Nos visas arrivent tout doucement à terme. Déjà un mois en Jordanie. Le temps passe vite. Nous optons pour un changement de cap radical. La décision était déjà prise depuis quelque temps: retour vers Israël pour prendre un ferry pour la Turquie. Ainsi, en arrivant par le nord, nos chances de pouvoir entrer en Syrie devraient être préservées.

A Irbid, nous poserons un méchant lapin à Khattab, un étudiant qui nous avait proposé de faire une interview pour un journal jordanien. Mais nous, nous avons grand besoin de repos. Le Lac de Tibériade devrait faire l'affaire.

Nous voici donc au terme de notre périple dans le Royaume Hachémite. Ce pays restera pour nous une étape fantastique. De la première à la dernière heure, on nous a accueilli avec tellement de spontanéité, de simplicité et de chaleur. Et outre toutes ces rencontres mémorables, il y a tous ces paysages, tellement diversifiés; ces déserts, ces forêts, ces pâturages, ces réserves naturelles, ces montagnes, ces récifs de coraux, ces rivages maritimes, ces villages dépenaillés. La bouffe aussi nous a marqués. La cuisine jordanienne est vraiment délicieuse. Arayes , shawarma , maglouba , mensaf , kofta , baklava , etc. Nous nous sommes régalés pendant ce mois, et après l'Egypte, ça fait du bien!

Retour sur terre. La douane jordano-israélienne, pas franchement une partie de plaisir. Les Jordaniens commencent par nous réclamer un tampon dont nous ignorions tant l'existence que l'utilité, ils exigent de notre part 15 dinar chacun. Refus catégorique. Et alors que l'officier commence à hausser le ton, Rachel lui cloue le bec en hurlant plus fort que lui. Ca a dû déclencher quelque chose car le fonctionnaire se décide enfin à décrocher son téléphone et à régler l'affaire en un coup de fil. Quant aux Israéliens, ils nous gratifieront d'une fouille minutieuse du véhicule, mais sans nous. Ils nous ont tout simplement subtilisé le bus pour l'enfermer dans un garage et s'en donner à coeur joie.



8 mai 2000(ISRAEL)

Après une ultime petite virée à travers Israel, via Tibériade et Akko (St Jean d'Acre), nous retrouvons le Sea Serenade, le ferry qui nous ramène vers Rhodes. Rencontre avec Frédéric et Goldie, deux Flamands qui vadrouillent également en bus, avec leur petit chien qu'ils ont adopté en Espagne. Leur périple les a emmené au Maroc, puis au Moyen-Orient, Turquie, Syrie, Jordanie et Israël. Comme nous, ils se retrouvent dans la cale du navire pour y passer la nuit; le pont supérieur étant déjà conquis par un régiment de "camping-caristes". La plupart d'entre eux voyagent par groupes de 8 ou 10 véhicules, voir plus. Drôle de manière de voyager. Ce n'est pas pour nous.


9-12 mai 2000(RHODES,GRECE)

Deux jours à Rhodes, bivouac dans un coin encore épargné par les cargaisons de touristes: le bout de la piste de l'aéroport de Paradisi! Parfois bruyant, mais plutôt peinard. Soirée avec nos compagnons belges. Walo n'a pas revu Rhodania, sa courte idylle rencontrée à l'aller, dans les douves de la forteresse de Rhodes. Courage Walito, les jolies Ottomanes n'auront qu'a bien se tenir.


12 mai 2000(MARMARIS,TURQUIE)

Embarquement très laborieux à bord du mini-ferry pour la Turquie. Une sorte de grand yacht en fait. Trois heures de traversée qui nous coûteront la bagatelle de 300 $. La compagnie détient le monopole sur ce trajet et profite donc pour pratiquer cette escroquerie. Pour nous, c'était ça ou un gros détour par Athènes. L'arrivée à Marmaris est belle, très belle. Des montagnes recouvertes de forêts à perte de vue, et puis cette baie superbe. Nous faisons nos adieux à Fred et Goldie qui reprennent la route vers l'Europe, via Istanbul.

En fin d'après-midi, nous atteignons Coycegiz, un village au bord d'un immense lac étrangement endormi, relié à la Grande Bleue par la rivière Dalyan. A peine arrivés, un gros bonhomme sans gêne exige une visite minutieuse de notre bahut. Normal, il a le même, sauf que lui a amménagé le sien en kiosque à kebab! Il nous offre le thé en guise de bienvenue.

Une nuit entre roseaux et bambous. Symphonie batracienne et bataille mousticide.



13 mai 2000(la côte Turquoise,TURQUIE)

Rachel commence à sentir la fatigue. Un camping paisible et une douche seraient consolateurs. La route Coycegiz-Kas est géniale. Elle virevolte entre monts et vaux, au coeur de vastes pinèdes, enjambant ça et là quelque rivière, dévoilant parfois une crique oubliée ou un hameau de petites ruches bleues; le miel de la région est réputé.

Bientôt notre carriole pique du nez pour rejoindre le littoral de la Méditerranée, jusqu'à Kas. Une station touristique qui a tant bien que mal réussi à conserver une dimension humaine grâce aux parois rocheuses qui s'élèvent derrière elle. Nous rencontrons Ahmet, un monsieur que l'on a immédiatement gratifié d'un café quand il nous a lancé un "Vous parlez francais ?" . Ahmet est un jeune retraité de 53 ans, originaire d'Istanbul, une ville qu'il déteste par ailleurs. Trop urbain pour lui. Il a abandonné sa profession d'ingénieur il y a 8 ans, simplement pour profiter de la vie. Il sirote désormais la majeure partie de son existence à Kas, épicurien jovial, socialiste de coeur, existentialiste convaincu, amoureux de la langue francaise et épris de culture. "Rachel tu sais, je n'aime pas travailler" murmurera-t-il secrètement. Sourires complices.



14 mai 2000(DEMRE,TURQUIE)

Nous sommes sur le site de Myra, admirant des tombeaux creusés dans les palissades de roches qui s'élèvent derrière la ville de Demre. Chef-d'oeuvres accomplis par les Lyciens, un peuple installé sur ces terres il y a près de 3000 ans. Ils ont laissé des vestiges assez fabuleux dans toute la région. Et puis Demre, c'est aussi le Père Noël! Noel Baba en turc. En effet c'est ici qu'un évêque du 4ème siècle, un certain St Nicolas, s'est amusé à jeter des bourses de pièces d'or dans la cheminée de quelques pauvres pucelles du coin qui n'avaient pas de dot pour se marier. Après sa mort, on a enterré le gentil papy dans l'église qui porte aujourd'hui son nom. Devant l'édifice, on aperçoit une statue du Père Noël. Et au musée d'Antalya, il paraît qu'on y découvre des reliques de ses ossements.


15 mai 2000

Nous avons dormi sur la grande plage de Finike, une ville laide où les commerçants disent "tschüss" pour dire "au revoir". Nous nous rendons ensuite à Olympos, au sud des monts Tahtali, au coeur d'une vallée envahie de lauriers-rose, bordée de bassins naturels. Encore un endroit anciennement occupé par les Lyciens. Des ruines oubliées dans une végétation exubérante en témoignent. Tout autour de nous, des montagnes, et au milieu une rivière qui débouche sur une immense plage de galets blancs, celle de Cirali. L'endroit est vraiment chouette, heureusement pas trop fréquenté à cette époque. Nous voulions aussi aller voir le fameux lieu-dit appelé La Chimère. Hélas en vain. Il se situe dans le massif avoisinant. Il paraît que de petites flammes jaillissent continuellement de la roche. Un feu perpétuel qui a dû terroriser des milliers de nos ancêtres. D'ailleurs, les Lyciens d'Olympos vénéraient Vulcain (Hephaïstos), le dieu du feu. Vingt-deux siècles plus tard, l'Homme découvraient le gaz méthane et ses réactions inflammables au contact de l'air.


16 mai 2000(ANTALYA,TURQUIE)

Le Denizer Camping d'Antalya arrive à point. Enfin pas vraiment, puisque nous n'y resterons qu'une nuit pour s'éclipser en douce le lendemain matin. Pas d'eau et pas d'électricité, et personne à l'horizon pour nous donner la moindre explication. Pour les 15DM exigés, ça valait bien une petite filouterie.

En fait, la panne devait être due à l'orage que nous nous sommes pris sur la tête durant toute l'après-midi. Un déluge qui nous a rappelé la mousson en Thaïlande il y a deux ans.



17-19 mai 2000(ANTALYA,TURQUIE)

Trois jours au Bambus Camping, toujours à Antalya, mais de l'autre côté de la ville. Tenu par des Allemands, prix affichés en Deutsch Mark, "Hallo" de rigueur. Ca commence à être agaçant tout de même.

Trois jours de vacances balnéaires marqués par le keyf, le farniente turc. Et puis une délicieuse séance au hammam, des ballades en vieille ville, et une mémorable soirée football dans un bistrot et dans les rues. Les Turcs et le football, c'est une vieille histoire d'amour et de chauvinisme.



20 mai 2000(petit bilan)

Quatre mois. Plus de 8500 km avalés à travers sept pays, un carnet d'adresses déjà bien noirci, une poignée de galères et de souvenirs amers, deux ou trois pépins mécaniques, quelques méchantes frayeurs... mais un enthousiasme intact et une soif de découverte inlassable. La migration se poursuit. La liberté est belle. Au détour d'un chemin, l'inconnu nous tend les bras.

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