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6 avril 2000(DAHAB,EGYPTE) Le jour où nous nous sommes enfin décidés à quitter Dahab, je me réveille à 6h00 du matin avec près de 39 degrés de fièvre, crucifié à l'horizontale par de violentes courbatures, avec vomissements et diarrhées pour agrémenter le tout. Rachel est morte d'inquiétude, elle qui doit également affronter une tourista incessante. Vers 18h00, rien ne va plus, on se décide à aller voir un médecin. Le thermomètre buccal plafonne à 39,7. Le docteur Ahmed m'expédie au plumard, me perfuse d'une intraveineuse et me place sous goutte-à-goutte. Rachel, combative et bienveillante infirmière, me drape de compresses froides. Je suis au plus mal. Le lendemain la fièvre est retombée. Et trois jours plus tard, j'étais sur pied. On a quand-même bien flippé, imaginant d'abord un début de malaria. Certaines régions que nous avions traversées étaient des zones paludiques à risques. En fait, c'était une gastro-entérite aiguë. 7 avril 2000(TARABIN,EGYPTE) Dahab n'est plus qu'un souvenir sur cette route montagneuse qui nous emmène à Nuweiba. Il fait très chaud en ce début de soirée, les rochers crachent la chaleur engendrée pendant cette journée brûlante, la voiture bouillonne. Nous décidons de presser le pas vers la Jordanie. Nuit sur le sable fin, face à la mer, à Tarabin. 8 avril 2000(TABA,EGYPTE) On nous demande 220 $ pour la traversée Nuweiba-Aqaba en ferry. Mettre ce prix dans l'unique but d'éviter Israël, ça fait beaucoup, d'autant plus que la Syrie est de toute façon déjà sérieusement compromise à cause de ce foutu tampon égyptien à Taba. Nous optons pour la voie terrestre, via Eilat, à une soixantaine de kilomètres d'ici. Nous faisons nos adieux à l'Egypte, formidable pays, tiraillé entre tradition et modernisme, hélas bien souvent égratigné par un tourisme de masse nuisible. 9 avril 2000(douane israélo-jordanienne) Poste frontière de Wadi Arava. Un petit bonhomme grassouillet, chauve et jovial nous indique les démarches à suivre. En à peine une heure, nous franchissons l'ultime portail. Courtoisie, organisation et efficacité. Ahlan wa salhan! 9-12 avril 2000(AQABA,JORDANIE) Nous nous sentons carrément bien au Mermaid Camp. Ahmed, Khaled et les leurs nous ont accueillis et bichonnés comme si nous faisions partie de la tribu. Ce havre de paix se situe à une douzaine de kilomètres au sud d'Aqaba, sur un rivage aux récifs de coraux incroyables, presque aussi mémorables que... le Kofta de Khaled! Kofta étant un mets typiquement jordanien composé de viande de mouton mijotée longuement dans des oignons, tomates fraîches, ail, persil et épices. Tout le monde est assis autour du grand plat et on se gave en se léchant goulûment les doigts, le pain arabe ayant évidemment remplacé la fourchette. Quant à Walo - puisque on parle de bouffe - il s'est acopiné avec Eddy et Rocky, deux tonitruants bâtards du coin. Une amitié distante et virile, ça va de soi. 12-15 avril 2000(le désert du WADI RUM,JORDANIE) Bivouacs et ballades dans le Wadi Rum. Peut-être l'un des plus beaux déserts du monde, avec ses étendues de sable orangé d'où jaillissent de gigantesques formations de granit et de basalte polies, ciselées, stratifiées. Magnifiques hamada, couleurs éclatantes valsant entre le ocre et le rose. Et l'on se prend à rêver, autour d'un feu, dégustant un verre de thé sous les étoiles. Le froid y est piquant et le silence troublant. Le deuxième jour, nous avons failli mourir de soif dans le désert. Partis pour un trek à 10h00 du matin sous une chaleur insoutenable, avec 9 litres d'eau, nous nous retrouvons avec un litre et demi d'eau en début de soirée, à cinq heures de marche de notre point de départ. Impossible de passer la nuit sans réserve pour le lendemain, d'autant plus qu'il est 18h00 et nous sommes tous les trois déshydratés. Walo a beaucoup souffert de la chaleur. Nous avons même eu droit à une tempête de sable. Nous décidons de démonter la tente et de rentrer le soir même. Nous atteindrons le village de Rum en pleine nuit, titubant, au bord de l'épuisement. Tous les trois la queue entre les jambes! 15-18 avril 2000(PETRA,JORDANIE) Saluant une dernière fois le Rum et les flics du check-point qui nous avaient invité à boire le thé à notre arrivée, nous reprenons la route. Nous empruntons la Route du roi, une voie chargée d'histoire qui a vu les caravanes d'épices et d'encens, les conquérants romains et l'exode du peuple hébreux. Fraîcheur retrouvée sur les collines du Jebel Al Batra, sorte de grands pâturages relativement fertiles. Puis une brusque plongée vers l'incontournable destination culturelle de Jordanie: Pétra. La plus célèbre et la plus envoûtante cité des Nabatéens, aujourd'hui devenue la vache à lait du Royaume Hachémite: 20$ le tiquet d'entrée. Nous, c'est avec des Bédouins - désormais des amis - de B'doul que nous admirerons les trésors de Pétra. Explorateurs clandestins, discrets et émerveillés. Difficile de décrire la beauté du Khazneh, du Monastère, des Tombes Royales de toutes ces caves creusées et taillées à même la roche, dans un décor brut et grandiose. Là encore, nous avons été choyés par une famille de bédouins formidable. Cette fois c'est autour du traditionnel Magluba (grand plat de poulet, riz, légumes et épices) que nous nous sommes retrouvés, avec Suliman, Ibrahim et Aoudi. Et pour arroser ce succulent repas, de la bière-cognac! la soirée s'est terminée à 2h00 du matin, heureusement autour d'une théière. Quant à la mère de famille, elle a passé sa soirée cachée dans la cuisine. Pas facile d'accepter ça pour nous. Suliman - le maître incontesté du lieu - et ses proches sont des résidents de B'doul, un horrible village de béton érigé pour parquer les ex-habitants des cavernes de Pétra. Révoltés et amers les bédouins? nous l'ignorons, mais Aoudi nous a confié que de violents affrontements ont eu lieu ici le mois passé. Trois personnes ont été tuées par la police. Les deux camps ne s'apprécient guère. La police jordanienne, paraît-il, craint beaucoup les bédouins. Après ces violences, les villageois ont écrit au roi Abdallah, demandant des mesures urgentes qui prennent en compte leurs droits élémentaires. Pas de réponse bien sûr. On n'en saura pas plus. Quant à nous, on nous a brisé la vitre arrière latérale du bus, sans doute un caillou jeté par un gosse de Wadi Musa. Peut-être à cause du chien. Un brave garagiste nous l'a remplacée le jour même, pour le prix d'une ballade dans Pétra. 18 avril 2000(DANA et KERAK,JORDANIE) Nous avons reçu plein de cadeaux des bédouins de B'doul, avant de partir pour Dana, une réserve naturelle; un peu la Suisse pré-alpine, avec les tentes en poils de chèvres et les vieilles femmes au visages tatoués en plus. On s'est fait une énorme frayeur sur la pente vertigineuse qui plongeait vers le village de Dana. Nous avons failli y laisser notre peau en descendant. Les freins ont heureusement résisté à la pente. Mais le pire ce fut la montée. Impossible, trop lourd. Panique générale. Le moteur est proche de l'explosion. Des villageois curieux refusent de nous aider, ils ont peur de se faire écraser en cas de rupture des freins. C'est Rachel qui a dû descendre et pousser! Pour parvenir au sommet, nous avons dû lester le chien et un jerrycan de 20 litres d'essence. Nous poursuivons vers Kerak, une ville surplombée d'une énorme forteresse bâtie par les Croisés. Puis nous entamons la descente, impressionnante elle aussi, vers la Mer Morte. Le contraste est stupéfiant. En quelques instants, le paysage de verdure se métamorphose en parois rocheuses et en dômes de sables rocailleux. La température monte en flèche tandis que nous franchissons la barre des 380m au dessous de 0. La pression a bouché nos oreilles et compressé nos bouteilles en plastique. Vu depuis l'autre rive, la mer Morte est toujours aussi belle, déconcertante par sa tiédeur et par sa consistance huileuse. 21 avril 2000(la mer MORTE,JORDANIE) Un gars moustachu, impeccablement coiffé nous salue en souriant. Il fait déjà très chaud ce matin. Le type s'appelle Abit, c'est un livreur Ammanais en partance pour Tafileh. Nous lui offrons un café. Nous trouvant sûrement sympa, il nous propose une grillade le soir même. Le rendez-vous est fixé à Suweimah, en fin de journée. 18h00. Une petite échoppe qui dégage une odeur suffocante. Normal, on vend des poules ici. En un tour de main, le vendeur attrape un volatile, le précipite tête bêche dans un cylindre et actionne la guillotine. Le sang dégouline dans un gros bidon. Une minute plus tard, lorsque la mort a définitivement immobilisé le malheureux gallinacé, un bref bain d'eau bouillante précédera un déplumage en règle dans une sorte d'essoreuse à poulets. Et voilà le cadavre nu et flasque suspendu à un crochet, vidé, paré et précipité dans un sac en plastique. Une heure plus tard, Abit déballait le papier d'aluminium sorti des braises adentes, dévoilant des tranches de poulet dorées et fumantes. 22-26 avril 2000(AMMAN,JORDANIE) Nous sommes à Amman, capitale du Royaume Hachémite, étalant ses bâtisses de calcaire sur sept collines escarpées. Une ville clean et moderne qui n'a rien à voir avec le capharnaüm oriental du Caire. Repérage au parc national où nous montons le camp dans une forêt de pins paisible et fraîche. Pour profiter un peu de la ville en nocturne, nous avons décidé de louer pour deux jours une petite chambre d'hôtel au centre. Une piaule somme toute correcte, avec salle de bain personnelle, pour 5 dinars. C'est notre premier hôtel depuis deux mois. Le deuxième jour, nous rentrons de ballade et retrouvons notre chambre lorsque des claquements secs retentissent. Suivent des hurlements rauques et terrorisés. On se précipite à la fenêtre. Là, quelques étages plus bas, dans la cour donnant sur la rue, un homme est en train de tirer sur un chien. On avait aperçu ce croisé-berger le premier jour, couché au soleil, serein et discret dans son petit patio. Les cris de l'animal sont terrifiants, allongé sur le côté, il agite ses pattes, il se débat. Trois, quatre, peut-être cinq coups de fusil... le type canarde à plus de 10 mètres de l'animal. la scène est insoutenable, d'une lâcheté intolérable. Lorsque les hurlements cessent, de nombreux badauds se sont agglutinés. Ca rigole, ça discute, ça se félicite. Nous, on est complètement abasourdi, choqué, la gorge nouée, les larmes aux yeux. L'homme au fusil s'approche du chien, pointe son arme vers la tête et décharge une dernière fois. Le cadavre finira dans un sac en plastique, balancé sur une camionnette. Avant de quitter la Suisse, nous avions été surpris par un petit texte affirmant que les chiens étaient interdits dans les rues d'Amman. Après avoir assisté à cette scène cruelle, nous croyons comprendre comment les autorités de cette ville applique leur politique de "nettoyage". Nous comprenons également pourquoi on ne voit effectivement pas de chiens dans les rues d'Amman. Un souvenir sali par une ville trop propre. |